Alexandre, comment t’organises-tu pour écrire avec l’IA, de l’idée à la relecture ?
Utiliser une IA pour écrire, c'est confier à un assistant certaines étapes de la rédaction : proposer des plans, produire un premier jet, critiquer un brouillon. Mon organisation suit quatre temps. L'idée vient de moi, le plan se discute avec l'IA, le premier jet se fait section par section, et la relecture reste humaine.
Mis à jour le 15 octobre 2026
Ouvrir une IA devant une page blanche, c'est un peu comme demander son chemin avant de savoir où l'on va.
On obtient une réponse, souvent bien tournée. Mais la destination n'est pas la vôtre.
La plupart des textes écrits avec une IA qui sonnent creux ont ce défaut à la source : l'outil est entré trop tôt dans le processus.
J'écris pour des marques et des sites depuis 2011, bien avant l'arrivée de ces assistants, et je les utilise désormais chaque semaine.
Ce que je décris ici, c'est mon organisation de travail, l'ordre dans lequel je fais intervenir l'IA.
Je l'appuie sur ce que disent les études et les éditeurs eux-mêmes, sources à l'appui.
Votre façon d'écrire avec une IA est-elle bien organisée ?
Qu'est-ce qu'écrire avec une IA, concrètement ?
Écrire avec une IA, c'est utiliser un assistant d'écriture pour certaines étapes de la rédaction : chercher des angles, comparer des plans, produire un premier jet, critiquer un brouillon.
L'auteur reste la personne qui choisit l'idée, tranche le plan, réécrit et vérifie.
L'IA accélère, elle ne décide pas.
Cette définition a l'air banale. Elle change pourtant tout dans la pratique.
Utiliser une IA pour rédiger un texte à partir d'un simple sujet, c'est lui confier les décisions.
L'utiliser comme assistant d'écriture, c'est lui confier des tâches précises dans un processus que vous pilotez.
Mon organisation tient en quatre temps : l'idée, le plan, le premier jet, la relecture.
À chaque étape, je sais ce que je fais moi-même, ce que je demande à l'outil et ce que je vérifie.
Si vous travaillez sur des textes qui doivent vendre, pages de vente ou e-mails, ma méthode de copywriting avec l'IA ajoute la question de la voix de marque.
Ici, je reste sur l'écriture en général : articles, guides, newsletters, notes.
Petite précision avant de commencer : je ne parle pas d'un outil en particulier.
ChatGPT, Claude, Gemini, Vibe (ex-Le Chat) ou Copilot s'utilisent de la même façon dans cette organisation.
Ce qui compte, c'est l'ordre des étapes. La marque de l'assistant passe après.
Pourquoi l'idée doit-elle venir de vous et pas de l'IA ?
Parce qu'un texte dont l'idée vient de l'IA vous appartient moins, et que vous le retenez moins bien.
C'est ce que suggère une étude du MIT Media Lab publiée en 2025, encore au stade de prépublication.
Les chercheurs ont suivi 54 participants qui rédigeaient des essais, répartis en trois groupes : avec un LLM, avec un moteur de recherche, ou sans aucun outil.
Le groupe LLM a déclaré le sentiment de propriété le plus faible sur ses textes.
Ses membres avaient aussi du mal à citer correctement ce qu'ils venaient d'écrire.
Le résultat le plus parlant arrive à la quatrième session. Les chercheurs ont inversé les rôles : ceux qui écrivaient sans outil ont eu accès au LLM, et inversement.

En clair : ceux qui avaient d'abord réfléchi seuls, puis utilisé l'IA, s'en sortaient mieux que ceux qui avaient commencé avec l'IA.
L'étude porte sur un petit échantillon et n'est pas encore relue par des pairs.
Je la prends donc comme un indice, sans en faire une preuve.
Mais cet indice rejoint ma pratique.
Avant d'ouvrir l'outil, j'écris à la main ou dans un fichier vide trois choses : l'idée en une phrase, le lecteur visé et ce qu'il doit penser ou faire après lecture.
Cinq lignes au maximum. Si je n'arrive pas à les écrire, l'outil n'y pourra rien : je ne sais pas encore ce que je veux dire.
Gardez un fichier « idées » où vous notez vos angles au fil de la semaine, sans IA. Le jour où vous devez écrire, vous partez de votre matière à vous, et l'outil travaille dessus au lieu d'inventer à votre place.
Comment faire un plan avec une IA sans lui laisser la main ?
En lui donnant votre idée et vos contraintes, puis en lui demandant plusieurs plans à comparer.
Vous choisissez, vous fusionnez, vous coupez. Le plan final est le vôtre, même si la moitié des intertitres viennent de l'outil.
La documentation d'OpenAI le dit clairement dans ses bonnes pratiques de rédaction des consignes : il faut être spécifique, descriptif et aussi détaillé que possible sur le contexte, le résultat, la longueur, le format et le style attendus.
Pour un plan, ça donne une demande de ce genre.
« Voici mon idée : [une phrase]. Mon lecteur : [qui il est, ce qu'il sait déjà].
Ce qu'il doit faire après lecture : [action]. Propose trois plans différents de six parties, avec un intertitre en question pour chaque partie.
Pour chaque plan, dis en une ligne quel angle il privilégie. »
Pourquoi trois plans ? Parce qu'un seul plan s'accepte sans réfléchir, alors que trois plans se comparent.
La comparaison vous oblige à trancher selon votre idée, et c'est précisément le travail d'auteur.
J'ajoute souvent une deuxième demande, plus utile encore : « Quelles questions mon lecteur se posera-t-il que ces plans ne traitent pas ? » L'IA est très bonne à cet exercice de liste.
Elle fait remonter des objections que j'aurais oubliées. Je garde celles qui collent à mon lecteur, et j'ignore les autres sans état d'âme.
Prenons un exemple imaginaire : un guide pour des gérants de restaurant qui veulent lancer leur newsletter.
Les trois plans proposés parleront probablement de contenu, de ton et de fréquence d'envoi.
La liste des questions oubliées peut faire remonter un point plus terre à terre : que faire des adresses collectées sur papier au comptoir ?
Si la question colle à votre lecteur, elle mérite une partie à elle seule. C'est le genre de trou que cette demande aide à combler.
Les bonnes pratiques d'OpenAI conseillent aussi de dire ce qu'il faut faire plutôt que seulement ce qu'il ne faut pas faire. Pour un plan, « six parties, chacune avec un exemple concret » marche mieux que « pas de parties vagues ».
Comment obtenir un premier jet utilisable avec une IA ?
En le demandant partie par partie, avec vos notes pour chaque partie.
Un texte entier généré d'un bloc se relit mal et se corrige mal. Une partie à la fois se juge en deux minutes.
Google le recommande dans ses conseils pour écrire des requêtes à Gemini : découper les tâches liées en plusieurs demandes séparées.

Pour chaque partie, je fournis trois choses : l'intertitre, mes notes en vrac (faits, exemples, chiffres sourcés) et la consigne de longueur.
La même page de Google rappelle que plus on donne de contexte, mieux l'outil comprend la demande.
Mes notes, c'est ce contexte.
Oui, c'est contre-intuitif : on utilise l'IA pour gagner du temps, et je passe du temps à préparer des notes.
Mais ces notes contiennent ce que l'IA ne peut pas inventer sans risque : vos exemples, vos chiffres, votre expérience.
Sans elles, l'outil comble les vides avec des généralités, ou pire, avec des faits inventés.
Je détaille ces dérives dans mon article sur les limites des générateurs de texte IA.
Une fois la partie générée, je ne la corrige pas tout de suite. Je passe à la suivante, puis je relis l'ensemble d'une traite.
Résultat : je repère mieux les répétitions et les ruptures de ton d'une partie à l'autre.
Comment relire un texte écrit avec une IA ?
En deux passes : une passe où l'IA critique, une passe où vous vérifiez et réécrivez.
La seconde ne se délègue pas. La CNIL le formule sans détour dans ses questions-réponses sur l'IA générative.
Pour la première passe, je colle le texte et je demande une critique, sans réécriture : « Liste les phrases floues, les affirmations sans source, les répétitions et les passages où le lecteur risque de décrocher. » L'IA est un excellent relecteur de forme.
Elle voit vite une phrase de quarante mots ou un même mot répété trois fois dans un paragraphe.
Pour la seconde passe, je reprends tout moi-même, dans cet ordre :
- Chaque fait et chaque chiffre repart à sa source. Pas de source, pas de phrase.
- Chaque exemple doit être réel ou présenté comme fictif, sans ambiguïté.
- Je relis à voix haute les intertitres et les premières phrases de chaque partie.
- Je supprime les formules toutes faites que l'IA affectionne, celles qu'on retrouve d'un texte à l'autre.
- Je vérifie que l'idée de départ, celle des cinq lignes, se retrouve bien dans la conclusion.
Un dernier point, souvent oublié : ce que vous collez dans l'outil.
La même page de la CNIL recommande de ne jamais partager d'informations confidentielles, comme des données personnelles ou des données de l'entreprise, avec un service grand public.
Un brouillon de communiqué non publié ou un fichier client n'ont rien à faire dans la version gratuite d'un chatbot.
La relecture est l'étape où je passe le plus de temps, et c'est voulu. Le premier jet de l'IA me fait gagner des heures. La relecture me fait signer un texte que je peux défendre phrase par phrase. Sans elle, ce gain de temps se paie plus tard, en corrections ou en crédibilité.
Quelle organisation adopter, étape par étape ?
Une organisation en six étapes, dans cet ordre, avec l'IA absente de la première et de la dernière.
C'est la version complète de ce que j'ai décrit plus haut, à garder sous la main.
- Je note l'idée en une phrase, le lecteur visé et l'action attendue, sans IA.
- Je demande trois plans et la liste des questions oubliées, puis je tranche.
- Je rassemble mes notes partie par partie : faits sourcés, exemples, chiffres.
- Je demande le premier jet partie par partie, avec les notes correspondantes.
- Je fais critiquer le texte par l'IA, sans réécriture, puis je réécris.
- Je vérifie les faits, je relis à voix haute et je valide, sans IA.
Et voici la même organisation sous forme de tableau, pour voir d'un coup d'œil qui tient le stylo.
| Étape | Qui tient le stylo | Ce que je demande à l'IA | Ce que je vérifie |
|---|---|---|---|
| Idée | Moi | Rien | Que l'idée tient en une phrase |
| Plan | L'IA propose, je tranche | Trois plans et les questions oubliées | Que le plan sert l'idée et le lecteur |
| Notes | Moi | Rien, ou un résumé de mes propres documents | Que chaque fait a sa source |
| Premier jet | L'IA, partie par partie | Une partie à partir de mes notes | La longueur et le respect des notes |
| Critique | L'IA | Une liste de faiblesses, sans réécriture | Que les critiques sont fondées |
| Relecture finale | Moi | Rien | Faits, exemples, ton, cohérence avec l'idée |
Cette organisation vaut pour un article, une newsletter ou un guide.
Pour des usages marketing plus larges, comme les campagnes, les visuels ou l'analyse, je détaille les autres terrains de jeu dans mon article sur l'IA générative en marketing.
Du coup, combien de temps gagne-t-on avec cette organisation ? Je n'ai pas de chiffre fiable à vous donner pour vos textes, et je me méfie de ceux qui en promettent.
Le plus simple reste de le mesurer vous-même : chronométrez deux textes comparables, l'un avec cette organisation, l'autre sans, et comparez le temps total, relecture comprise.
Quand vaut-il mieux écrire sans IA ?
Quand le texte est très personnel, très court ou confidentiel, et quand vous êtes en train d'apprendre à écrire.
Dans ces quatre cas, l'outil coûte plus qu'il ne rapporte.
Un texte très personnel, comme un message de condoléances, une lettre à un client mécontent ou un post sur une expérience vécue, perd ce qui fait sa valeur si un outil l'écrit.
Le lecteur attend votre voix, avec ses maladresses.
Prenez une réponse à un client mécontent. Le premier réflexe est de demander à l'IA un message poli et apaisant.
Elle le fera très bien, et c'est le problème : le client reconnaîtra le ton lisse d'un modèle de courrier.
Trois phrases maladroites mais sincères, écrites par la personne qui a suivi le dossier, passent, à mon avis, mieux qu'un paragraphe parfait.
Un texte très court, comme un objet d'e-mail ou une phrase d'accroche, s'écrit souvent plus vite seul que la consigne qui permettrait de le générer.
L'IA reste utile pour proposer des variantes, mais la première version vient plus vite de vous.
Un texte confidentiel ne va pas dans un service grand public, on l'a vu avec la CNIL.
Et si vous apprenez à écrire, l'IA vous prive de l'effort qui fait progresser.
Commencez par les bases, avec une formation copywriting gratuite par exemple, puis ajoutez l'outil quand vous saurez juger ce qu'il produit.
Le métier d'écrire bouge vite avec ces outils, et je suis convaincu (et j'assume) que la valeur se déplace vers l'idée et la relecture.
J'en parle plus longuement dans mon article sur ce qui change dans le copywriting en 2025.
Quelle place donner à l'IA dans votre prochain texte ?
Choisissez le type de texte et votre niveau d'aisance : l'outil vous dit où faire intervenir l'IA.
Ce qu'il fallait retenir
- Écrire avec une IA, c'est lui confier des tâches précises dans un processus que vous pilotez.
- L'idée vient de vous : une étude du MIT Media Lab suggère qu'on retient mieux un texte quand on réfléchit avant d'utiliser l'IA.
- Pour le plan, demandez plusieurs propositions et tranchez vous-même.
- Le premier jet se demande partie par partie, avec vos notes sourcées.
- La relecture se fait en deux passes : critique par l'IA, vérification humaine.
- Rien de confidentiel dans un service grand public, comme le recommande la CNIL.
- Pour un texte personnel, très court ou quand vous apprenez, écrivez sans IA.
Questions fréquentes sur l'IA pour écrire
Quelle IA utiliser pour écrire ?
Les assistants généralistes comme ChatGPT, Claude, Gemini, Vibe (ex-Le Chat) ou Copilot conviennent tous pour écrire. L'ordre dans lequel vous les faites intervenir compte davantage que l'outil choisi. Testez-en deux sur le même plan et gardez celui dont les premiers jets vous demandent le moins de réécriture.
Peut-on écrire un livre ou un article entier avec une IA ?
Techniquement oui, mais le texte risque d'être générique et de contenir des erreurs. Mieux vaut garder l'idée, le plan final et la relecture, et demander le premier jet partie par partie avec vos propres notes.
Un assistant d'écriture IA remplace-t-il un correcteur ?
Il repère très bien les phrases trop longues, les répétitions et les fautes courantes. Il ne vérifie pas les faits et peut se tromper. Une relecture humaine reste nécessaire avant publication, comme le recommande la CNIL.
Comment écrire avec une IA sans perdre son style ?
Écrivez l'idée et les notes vous-même, demandez un premier jet partie par partie, puis réécrivez les passages qui ne sonnent pas comme vous. Pour un style de marque, fournissez des textes réels en exemple.
Peut-on mettre des documents d'entreprise dans une IA ?
La CNIL recommande de ne jamais partager d'informations confidentielles, comme des données personnelles ou des données de l'entreprise, avec un service grand public. Vérifiez les règles de votre entreprise et les conditions de l'outil avant de coller un document.
L'IA fait-elle vraiment gagner du temps pour rédiger ?
Sur le premier jet, souvent oui. Mais le gain se mesure relecture comprise. Le plus fiable est de chronométrer deux textes comparables, l'un avec l'IA, l'autre sans, et de comparer le temps total.
Mettre en place une organisation d'écriture avec l'IA avec un professionnel
Vous voulez que votre équipe écrive plus vite avec l'IA sans publier de textes génériques ou faux ?
Je construis avec vous l'organisation, les notes types et la grille de relecture, sur vos propres contenus.